Archives du mot-clé laudun

ROUVE SAINT LEGER by Marc Vanhellemont in http://les5duvin.wordpress.com

Adrien Borrelly, vigneron à Laudun

 

Côtes du Rhône néo vignerons 067

Un rouge, un blanc, cela suffit à son bonheur pour l’instant.

Adrien termine ses études viti-œno  en 2007 à Nîmes, puis il va voir ce qui se passe au pays du tango et en revient avec l’idée de créé un domaine viticole. Le projet est simple, le tout, c’est de le mettre en route. Un atout, sa famille, installée depuis le 17es au Domaine de la Rouveyrolle, possède une soixantaine d’hectares d’un seul tenant. Une jolie terrasse légèrement inclinée vers le nord. Les vignes y plongent dans deux mètres de galets roulées à matrice argilo-sableuse, dessous une argile bleue et un réseau hydrique qui limite le stress du même nom. Un gros gâteau qui approvisionne la coop de Laudun, mais dans lequel, avec l’aide paternelle, il se taille une petite part de 3,5 ha.

Côtes du Rhône néo vignerons 045

Adrien sait s’entourer

Vigneron en herbe, à 24 ans, Adrien a fait appel à l’expertise de son voisin Didier Dumont qui partage la même envie, faire un vin haut de gamme à identité forte, d’autres diraient d’une puissante expression territoriale. Didier a acheté la propriété voisine, la Ferme Saint Léger, une entité qui a connu la viticulture jusqu’à son démembrement il y a trente ans. Lui rendre sa vocation première est pour ce quinquagénaire un objectif incontournable.

Troisième homme, Philippe Cambie, œnologue de renom, vient aiguillonner les Grenache plantés en 1983 pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes.

Le nom du domaine résulte de la contraction de Rouveyrolle et Ferme Saint Léger qui donne Rouvre Saint Léger. Et n’y a-t-il pas de meilleurs auspices que d’évoluer dans l’ombre protectrice d’un chêne ?

Un rouge, un blanc, c’est tout

Un rouge, un blanc, cela suffit, du moins pour l’instant.  «Comme on vise le haut de gamme, il faut arriver à le valoriser et bien le vendre. Donc pour le moment, on veut faire peu mais bien. Je suis seul à travailler à la cave, même si elle est petite, cela prend du temps. Et puis, j’aimerais dans le futur passer en bio. C’est pour moi comme une philosophie et il faut y adhérer quand on est prêt. Pour l’instant, on essaie de s’en rapprocher le plus possible» explique Adrien

Côtes du Rhône néo vignerons 050

Les vins

Vite fait ! Deux cuvées ne demandent guère de temps. Mais commençons par le premier millésime produit…

Côtes du Rhône néo vignerons 068

Laudun rouge 2008 Rouvre St Léger

Sombre comme un grenat carmin, il respire les gelées de fruits rouges soulignées d’un trait de réglisse.

Une amertume particulière s’offre tout de go en bouche, elle rappelle celle qui accompagne les parfums d’une figue sèche ou celle plus marquée du cacao. Des tanins fins viennent se tisser sur la surface linguale, puis envahissent tout l’espace buccal. Il en coule un jus frais et fruité.

La vendange est tardive, l’exposition nordique, le vent régulier, l’argile profonde, en sont les responsables. Elle se fait à la main, macère en cuve, s’entonne après malo. Le vin loge pour un tiers en barriques bordelaises pour dont une partie neuves pendant 12 mois, le reste en cuve.

Un premier essai bien réussi, voyons la suite

Laudun rouge 2009 Rouvre St Léger

Rubis cette fois-ci, tout aussi profond, le nez de cerise et de prune, de la chair de fraise noire. Une bouche succulente qui renforce encore le plaisir par ses tanins encore hérissés qui viennent griffer les papilles. De la fraîcheur, de la mâche, de l’éclat, une assise minérale, du croquant qui enfonce ses dents dans la chair d’un fruit charnu. On retrouve tout au long du parcours cette agréable amertume qui renforce la fraîcheur, raffermit le fruit, accentue les épices. Le fruit rouge nous accompagne longuement sans vouloir nous quitter.

Le vin loge cette fois en barriques bourguignonnes.

Un vin plus ample, plus riche, plus complet, au fruité gourmand, bien caractéristique du millésime.

Laudun rouge 2010 Rouvre St Léger

Grenat violacé, il garde encore le reflet de la jeunesse. Des épices, comme la muscade, la réglisse, le cumin, la cardamome et le thym poudrent le nez avant l’envahissement du fruit.

La bouche ample donne l’impression d’être sucrée, toutefois magistralement équilibrée par une fraîcheur aux accents citronnés. Les tanins très serrés laissent se diffuser des distillats de cerise, framboise et arbouse. Ils colorent avec délicatesse la structure aérienne qui laisse diaphane son écho minéral envahir notre mémoire.

Un vin précis, très élégant. Mais comme on le voit, le domaine reste en constante évolution, s’adaptant au millésime. 2011, plus difficile demande plus d’attention, plus de sélection. Quant à 2012… «pour l’instant c’est le pied ! On a eu du gel en hiver qui a fait mourir quelques vieilles vignes, du jamais vu, mais la vendange s’annonce sous les meilleurs auspices» déclare Adrien. L’assemblage avoue une majorité de Grenache (60%) complété de Syrah.

Côtes du Rhône néo vignerons 063

À ne surtout pas oublier, le blanc

Fait de 70% de Viognier et 30% de Roussanne, cueillis grappes entières la nuit. La Roussanne loge en barriques non neuves, malo non faite et batonnage pendant l’élevage. Il coule doré vert dans les verres et respire d’emblée le miel, le grillé et les fruits blancs.

Côtes du Rhône néo vignerons 064

Le minéral ressenti dès la première goutte surprend tant il tend le vin, lui assure une élégance immédiate, une impression de pureté, comme un cristal. Mais celui s’habille d’un gras délicat qui charme les papilles, petite rondeur au galbe plein de charme qui titille les papilles. Agrumes et fruits blancs engendrent une sensation vive parfumée de fleurs mellifères.

Quant au logement, si le bois se sent, il ne se goûte pas.

De bien à top pour commencer, que nous réserve l’avenir ? Un domaine à suivre et Découvertes en Vallée du Rhône nous en apprendra un peu plus.

De belles découvertes, il y en aura d’autres…

Côtes du Rhône néo vignerons 062

CiaoCôtes du Rhône néo vignerons 052

Marc


ROUVRE SAINT LEGER dans le MIDI LIBRE du 28 juillet 2012

 

Bagnols-sur-Cèze Rouvre Saint-Léger, domaine d’excellence

ALISSANDRE ALLEMAND
28/07/2012, 06 h 00
Adrien Borrelly, 24 ans, est le représentant de la treizième génération de vignerons de la famille.
Adrien Borrelly, 24 ans, est le représentant de la treizième génération de vignerons de la famille.(PHOTO ALISSANDRE ALLEMAND)

De l’avis familial, le garçon serait du genre timide. Pourtant lorsqu’on commence à l’interroger sur son métier, Adrien Borrelly, 24 ans, à la pupille qui s’illumine et la verve fougueuse.

Voilà quatre ans que le jeune homme a donné vie à son rêve en créant son entreprise, le domaine Rouvre Saint-Léger à Laudun, en association avec Didier Dumont.

Trois hectares et demi de vignes, plantées sur le terroir de Laudun, dont naissent deux cuvées – un rouge et un blanc – en appellation Laudun, invitée d’honneur du prochain ban des vendanges à Avignon. Une petite production sur laquelle, le vigneron opère un vrai travail d’orfèvre. Du travail dans les vignes à celui dans la cave. Car pour les deux associés, en point de mire, une quête identique : celle de la typicité du terroir, pour offrir aux consommateurs un produit d’excellence. « D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours vu mon père travailler la vigne », raconte le jeune homme. « Pour moi, cela a toujours été plus ou moins une évidence de devenir un jour à mon tour viticulteur. Mais j’ai toujours eu le désir de créer un domaine, afin de pouvoir donner naissance à un vin que j’aurai élaboré du début à la fin ».

Alors que son papa, Patrick Borrelly, est toujours en activité sur les 60 hectares des terres familiales du domaine de la Rouveyrolle construit à Laudun en 1683, Adrien a choisi de se servir de l’expérience paternelle quand il a fallu sélectionner dans les vignes, les meilleures parcelles afin de donner corps à son projet.

Trois hectares sur un flan de coteau exposé au nord, face au vent, sur un terroir propice aux cépages choisis : grenache et syrah pour le rouge, viognier et roussane pour le blanc. Deux cuvées fortes de quelque 10 000 bouteilles annuelles. Une petite production qui offre une rareté quantitative et qualitative enchantant nombre d’amateurs et d’épicuriens. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que Philippe Cambie, célèbre œnologue dans le milieu et gourmet parmi les gourmets, a choisi de travailler avec Adrien et Didier au moment des assemblages. Réputée pour avoir le nez fin pour débusquer les terroirs prometteurs de la vallée du Rhône, son association au domaine Rouvre Saint-Léger en dit long quand à la qualité des vins qui en sont issus, au sérieux des vignerons qui l’ont créé et au potentiel de développement futur.

N’empêche qu’Adrien ne s’emballe pas. Pour l’heure, pas question de s’agrandir, même si la demande s’accroît. « Je veux que nous continuions à travailler sur la qualité, à nous améliorer encore et encore. Et avant de penser à agrandir le domaine, il me semble primordial de nous faire connaître dans la région et en France plus généralement ». Il y a fort à parier que ça ne devrait plus tarder.